L’art de l’émerveillement par Jaquet Droz

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*petite musique de flûte traversière* Pierre Jaquet Droz est né en 1721 à la Chaux de Fonds, et quand on naît là-bas, les options de carrière sont rares : créer des montres ou créer des montres. Fort heureusement, le petit Pierre est doté d’un génie créatif sans limite, il s’amuse à ajouter des carillons et des jeux de flûtes à des horloges classiques et crée par exemple un ingénieux système d’automate qui pouvait écrire distinctement. C’est peut-être un détail pour vous mais c’est une petite révolution: il est considéré comme l’un des plus anciens ordinateurs/calculateurs.

Lors d’un voyage en terre hispanique, ses poupées mécaniques attirent rapidement la cour d’Espagne et autres clients fortunés. L’argent amassé lui permet d’investir dans la fabrication horlogère et autres oiseaux mécaniques. En 1774, il s’implante à Londres et en Chine où ses chefs d’œuvre sont collectionnés au cœur de Pékin par l’Empereur en personne et par les mandarins de la cour impériale. Il s’installe ensuite à Genève, un an avant Vacheron Constantin, et continue de produire et exporter ses montres, automates et autres oiseaux chanteurs partout dans le monde. Malheureusement le climat économique n’est pas propice et l’entreprise fait faillite peu de temps après. C’est en intégrant le groupe Swatch au début des années 2000 qu’elle a pu renaître. Elle a su préserver et perpétuer le travail de la maison Jaquet Droz en créant des modèles emblématiques tous inspirés du travail des fondateurs : la grande seconde, l’éclipse ou la Bird Repeater. En 2011, la maison intègre les ateliers d’art, rendant hommage à l’histoire de la marque et tous ses artisans : la peinture miniature, le travail de la sculpture et de la gravure sont mis en avant sur certaines pièces exceptionnelles de la collection Jaquet Droz.  *fin de la petite musique de flûte traversière*

Aucun quartz ne figure dans la collection, toutes les montres sont mécaniques (automatiques ou manuelles), certaines pièces sont produites en quantité limitée et sont réalisées à la main par les artisans Jaquet Droz. Entrons plus en détail dans cet univers avec les pièces phares de la collection. Si vous avez une aversion pour le chiffre 8, passez votre chemin, il est présent quasiment sur tous les modèles, il serait un chiffre porte-bonheur en Chine.

(Retrouvez quelques notions de base pour mieux comprendre ici)

Je vous parlais de la grande seconde, voici la « grande seconde quantième en émail ivoire ». Avec son design extrêmement moderne, classique et élégant, la maison crée là sa pièce signature. Le mélange des matières est un signe distinctif de la maison : tout est réalisé avec goût et finesse, le minimalisme est de rigueur et les matériaux justement choisis.

Cette grande seconde quantième reprend le design de sa petite sœur et se pare d’un look plus sportif avec un cadran en acier Côtes de Genève.

La voici dans un écrin de Lapis Lazuli, mon modèle préféré : il m’avait déjà tapé dans l’œil lors de mon passage à Baselworld. Quand je vous disais que les matériaux sont toujours choisis avec soin, je ne plaisantais pas …

Au milieu de toutes ces pièces plutôt masculines, la lady 8 dévoile ses courbes et joue avec les matières, ici l’aventurine, et arrive à charmer mêmes les plus réfractaires (moi) aux design destinés aux femmes…

Je trouve ce modèle « éclipse » particulièrement poétique. Dans un ciel parsemé de huit étoiles, l’astre lunaire voile ou dévoile son visage jusqu’à l’éclipse totale.

Entrons maintenant dans l’univers des métiers d’art. Les peintures sur émail sont réalisées à la main et sont étonnantes de réalisme, les couleurs éclatantes et chaque détail est reproduit à la perfection.

Ici, la « petite heure minute relief » se pare de gravures avec deux mésanges, symboles du Jura natal de Jaquet Droz. Les oiseaux sont gravés et peints à la main avant d’être montés sur le cadran en nacre. Détail ultime : une aile délicatement posée sur la masse au dos de la montre. Tout le travail de cette maison résumé par des détails discrets et poétiques.

Je ne parle volontairement pas de la Bird Repeater, un article entier lui sera consacré tant cette montre un chef d’œuvre d’émerveillement.

 Merci à Jaquet Droz et Stéphanie pour cette petite visite :)

The narcissistic fashion report #79

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J’entends souvent des réflexions ci et là «si j’avais un sac à X€, je ne le porterais pas tous les jours » ou « des bottines en daim sous la pluie ? ARE YOU KIDDING ME » ou toute autre remarque sur le fait de porter ou non des vêtements de bonne facture dans des évènements insignifiants et/ou, ô horreur, dans la vie de tous les jours.

Le fait d’acheter des articles de luxe, des choses de qualité et qui nous font plaisir est un luxe suffisant pour pouvoir en profiter chaque jour, sans les laisser sous clé. J’aime cette phrase rapportée par Loïc Prigent : « Elle porte du Chanel comme si c’était du Monoprix et du Monoprix comme si c’était du Chanel », c’est comme ça que j’envisage la mode. Voir vieillir ses objets précieux (et je ne parle pas là que du prix), est un vrai plaisir: quoi de plus joli qu’un perfecto usé par le temps ou qu’un jean porté et reporté à l’extrême?

Assez paradoxalement je n’aime pas acheter des vêtements en friperie, peut-être que je ne suis pas attirée par les coupes ou les motifs, ou que j’aime être la première à posséder l’objet. Il est donc rare que je jette mon dévolu sur un sac vintage bien qu’adorant ces cuirs déjà abimés par le temps. Pourtant … cet ancêtre du classic box (Céline) date des années 70/80-on-ne-sait-pas-trop le début d’une nouvelle collection de sacs vintage?

Veste Mango – t-shirt Gap – jean Levis – escarpins Rupert Sanderson via Département du Luxe – sac Céline

Photos Réjane